Karting

Aujourd’hui, j’ai fait du vrai karting. Pas du kart à pédales : un kart avec un moteur, sur une vraie piste. Avec papa.

Avant de monter, il a fallu s’équiper. Le casque, d’abord, avec encore une fois le petit bonnet en filet dessous (je commence à avoir l’habitude). Et autour du cou, une grosse minerve, pour protéger la nuque. Une fois tout ça sur moi, j’avais l’air d’un vrai pilote. Ou d’un astronaute. Les deux, en fait.

Le kart était un biplace : papa d’un côté, moi de l’autre, chacun avec son volant. Et on est partis. Très vite. Les virages arrivaient à toute allure, les pneus crissaient, et moi je criais de joie dans mon casque. Personne ne m’entendait, mais ce n’est pas grave.

Et à la fin, le meilleur moment : papa m’a laissé le volant. C’est moi qui ai conduit. Pour de vrai. J’ai fait des tours entiers, et je suis resté sur la piste. Mes heures d’entraînement sur le kart à pédales ont payé.

Après la course, on est montés sur le podium. Moi sur la plus haute marche, papa sur la deuxième. Il n’a pas protesté. Il sait reconnaître un champion quand il en voit un. Cassandre, elle, s’est approchée de la troisième marche avec son casque. Elle se prépare pour l’année prochaine.

— Gabriel

Le portable

Le portable. Le fameux portable. Maman en a un, papa en a un, Arthur en a un. Tout le monde en a un. Sauf moi.

Alors quand maman regarde le sien, je m’approche. Discrètement. Enfin, presque discrètement : je colle ma tête à la sienne et je fixe l’écran. Officiellement, je regarde juste. Officieusement, je m’entraîne pour plus tard.

Parce qu’il paraît qu’on aura un portable au collège. J’ai fait le calcul : il reste au moins quatre ans. Quatre ans ! C’est plus de la moitié de ma vie actuelle. C’est énorme. Je ne sais pas si je vais tenir.

En attendant, j’ai une stratégie : regarder par-dessus l’épaule des autres. C’est un peu comme avoir un portable, sauf que ce n’est pas moi qui choisis ce qu’on regarde.

Au fond, Virgile nous observe. Lui, il en a pour au moins onze ans. Je ne me plains donc pas trop.

— Gabriel

Le chamboule-tout

À la ferme de Grignon, il y avait un chamboule-tout. Et quand il y a un chamboule-tout, je ne peux pas passer à côté.

Le principe est simple : une pyramide de boîtes de conserve, une balle, et il faut tout faire tomber. Simple sur le papier. Beaucoup moins en vrai.

J’ai mis toute mon énergie dans le lancer. Bras armé bien en arrière, élan, et hop : je me suis jeté en avant avec la balle. Sur les photos, on voit l’avant et l’après. Avant, j’ai la tête du champion qui va tout dégommer. Après, j’ai la tête du champion qui suit la balle des yeux en espérant très fort.

Les boîtes, elles, ont résisté. Certaines sont tombées, d’autres sont restées debout, comme si elles me narguaient. Mais je ne lâche rien. J’ai encore de l’élan, encore de l’énergie, et encore quelques balles.

Je vais bien finir par toutes les avoir. Question de temps.

— Gabriel

Les poneys

Aujourd’hui, Cassandre et moi, on a fait du poney. Mais avant de monter, il y a une étape obligatoire : la bombe.

La bombe, c’est le casque des cavaliers. Elle est noire, elle est dure, et elle protège la tête au cas où le poney aurait une idée différente de la nôtre sur la direction à prendre. Sous la bombe, on met une sorte de petit bonnet en filet, pour l’hygiène. Ce n’est pas l’accessoire le plus élégant du monde, mais un vrai cavalier ne se plaint pas.

Bombe sur la tête, sourire aux lèvres : on était prêts. Il ne manquait plus que les poneys.

— Gabriel

La transmission

Aujourd’hui, j’ai lu une histoire à Virgile. Une vraie, avec des personnages, des aventures et une mission à accomplir.

Il a écouté très attentivement. Enfin, je crois. Il avait les yeux grands ouverts et la bouche un peu ouverte aussi, ce qui chez un bébé est un signe de grande concentration. Ou de grand étonnement. Dans les deux cas, ça veut dire que l’histoire lui plaisait.

C’est important, la lecture. Moi, j’ai appris il n’y a pas si longtemps, et maintenant je peux lire tout seul. Virgile, lui, ne sait pas encore. Il ne connaît même pas les lettres. Mais il faut bien commencer quelque part, et quoi de mieux que d’écouter son grand frère ?

C’est ça, la transmission : le grand apprend au petit. Un jour, Virgile lira à son tour. Et peut-être qu’il me lira des histoires, à moi. Mais il a encore un peu de travail avant d’en arriver là.

— Gabriel

Robin des bois ventousé

Aujourd’hui, j’ai essayé le tir à l’arc. Pour la première fois. Et je dois dire que ça s’est passé étonnamment bien.

Je n’ai jamais vu Robin des Bois, personne ne m’a rien appris, et pourtant : jambes écartées, bras tendu, œil sur la cible. Même après le tir, j’ai gardé la main en l’air, comme les vrais archers. Ça s’appelle le style.

Comment l’expliquer ? J’ai une théorie. Si je sais faire ça sans avoir appris, c’est que c’est dans mes gènes. Quelque part, il y a très longtemps, un de mes ancêtres chassait avec un arc. Et il était sûrement très bon. Moi, j’ai juste hérité du talent. (Et de la casquette rouge, mais ça, c’est plus récent.)

Bon, les flèches ont des ventouses au bout, donc pour la chasse, ce n’est pas encore idéal. Mais pour l’instant, je m’entraîne.

— Gabriel

Du sable à Deauville

Sortie à Deauville avec Cassandre et Arthur. Il faisait beau, on s’est posés sur un muret pour la photo, Arthur au milieu, avec ses lunettes de soleil. Lui, il a toujours l’air d’être en vacances, même quand il ne l’est pas.

Mais le vrai programme de la journée, c’était ma voiture radiocommandée. Sur la plage. Avec tout ce sable, je me suis dit : terrain idéal. Des bosses, des virages, de la place à perte de vue. Un vrai circuit de rallye.

Et au début, c’était génial. La voiture fonçait, sautait sur les petites dunes, faisait voler le sable partout. J’étais le meilleur pilote de la plage. (J’étais aussi le seul, mais ça compte quand même.)

Sauf que personne ne m’avait prévenu d’une chose : le sable, c’est l’ennemi juré des roulements à billes et des engrenages. Il se glisse partout, dans tous les petits trous, et après ça grince, ça frotte, ça craque. Ma voiture faisait des bruits qu’elle ne faisait pas avant.

Bonne nouvelle : je sais maintenant faire de la mécanique. Je crois que je vais avoir du travail.

— Gabriel

Le vélo et les virages

J’adore le vélo. Vraiment. C’est sûrement ce que je préfère au monde, juste après les échecs. Ou juste avant, ça dépend des jours.

Ce que j’aime, c’est la vitesse. On pédale, on pédale, et à un moment, le vélo prend le relais : on n’a presque plus besoin de forcer, ça file tout seul. Le vent passe sur la figure, les arbres défilent sur les côtés, et on a l’impression que rien ne peut nous arrêter. C’est un sentiment de puissance. Comme si j’avais des ailes. Des ailes avec un guidon et deux roues, mais des ailes quand même.

Sur la piste, il y a des virages. Les virages, c’est le meilleur moment : il faut se pencher juste ce qu’il faut, pas trop, sinon c’est la chute, pas assez, sinon on sort de la piste. Je commence à bien maîtriser.

Cassandre aussi fait du vélo maintenant, et elle va vite. Mais bon. Moi, j’ai trois ans d’avance. Il faudra qu’elle s’entraîne encore un peu.

— Gabriel

Mon petit Frère

Grande nouvelle : j’ai un petit frère ! Il s’appelle Virgile, il est né il y a trois jours, et il est déjà à la maison.

Pour l’instant, il ne fait pas grand-chose. Il dort, il mange, il redort. Il ne sait pas encore jouer aux échecs, ni faire du kart, ni même tenir sa tête. Mais ce n’est pas grave : je vais tout lui apprendre. J’ai de l’expérience, j’ai déjà une petite sœur.

D’ailleurs, maintenant, je suis grand frère deux fois. Une petite sœur ET un petit frère. Ça fait beaucoup de responsabilités. Cassandre, elle, est passée de petite dernière à grande sœur d’un coup. Elle a l’air de bien le prendre. On verra quand il commencera à toucher à ses jouets.

On est maintenant quatre enfants à la maison, si on compte Arthur. Ça commence à faire une vraie équipe.

Bienvenue, Virgile. Tu vas voir, ici, on s’amuse bien.

— Gabriel

De la mécanique

Aujourd’hui, je me suis lancé dans la mécanique. Pas par passion pour les boulons, mais pour une raison très simple : mon kart à pédales avait besoin d’une révision, et moi, j’ai besoin de mon kart à pédales.

Le problème avec un kart, c’est qu’à force de rouler dessus, il s’use. La chaîne fatigue, les roues se salissent, et tout finit par grincer. Donc il faut le nettoyer, le vérifier, resserrer des trucs. C’est ce que font les mécaniciens. Et aujourd’hui, le mécanicien, c’était moi.

Enfin, moi avec de l’aide. Il y avait des grands autour, qui tenaient, qui montraient, qui donnaient des conseils. Mais c’est moi qui avais le chiffon, et dans un garage, celui qui a le chiffon, c’est un peu le chef.

J’ai regardé chaque pièce de très près, pour être sûr de ne rien rater. Un bon mécanicien ne laisse aucune saleté derrière lui. Ou alors très peu.

Le kart est prêt. Et moi aussi. La saison peut reprendre.

— Gabriel